Bruit et surdité : comment le bruit abîme-t-il notre audition ?

Le bruit est partout dans notre quotidien personnel et professionnel. À haute dose, il a des effets néfastes sur notre santé, notamment sur notre audition. Les dommages auditifs liés au bruit ne sont pas toujours immédiatement perceptibles et, lorsqu’ils le deviennent, ils sont souvent irréversibles. “L’exposition au bruit est une cause première de troubles de l’audition”, indique l’Inserm. La prévention mise en place par l’employeur, que nous abordions dans un précédent article, est essentielle pour prendre soin de la santé auditive et entendre le mieux possible tout au long de la vie.
Quelques chiffres de l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS)
Plus de 3 millions de travailleurs en France sont exposés à des niveaux sonores dangereux, augmentant leur risque de perte auditive.
Des recherches ont démontré que 40 % des salariés exposés à des niveaux sonores supérieurs à 85 dB présentent une perte auditive après plusieurs années de travail en environnement bruyant.
Quels sont les risques du bruit pour l’oreille ?
Les dégâts causés par le bruit sur l’audition peuvent se traduire de différentes manières. Toutes nécessitent une orientation vers un médecin :
- Surdité : diminution de perception toute ou partie des sons.
- Acouphènes : bruits, ponctuels ou permanents, prenant fréquemment la forme de sifflements, bourdonnements ou grésillements, que l’on perçoit dans une oreille ou dans les deux, sans qu’ils ne proviennent d’une source sonore extérieure.
- Hyperacousie : très forte sensibilité aux sons, rendant certains bruits du quotidien insupportables et douloureux.
De quelle manière le bruit peut-il provoquer des troubles auditifs ?
L’oreille est une mécanique précieuse mais fragile. Le bruit excessif peut endommager l’audition de manière significative et irréversible. Pour comprendre ce phénomène, il est essentiel de connaître le fonctionnement de l’oreille et les mécanismes impliqués lors d’une exposition à des sons de forte intensité.
L’oreille humaine externe capte les ondes sonores, qui font vibrer le tympan. Ces vibrations sont ensuite amplifiées par les osselets de l’oreille moyenne (le marteau, l’enclume et l’étrier) pour être transmises à l’oreille interne. Dans l’oreille interne se trouvent des cellules ciliées, au nombre de 15 000 par oreille. Chaque cellule ciliée correspond à une fréquence sonore, de l’aigu, au début de la cochlée jusqu’au grave, au fond, dans sa partie centrale. Les mouvements que la vibration imprime à ces cellules ciliées se transforment en signaux électriques, transmis au nerf auditif. Le cerveau peut ensuite interpréter ces sons.
Que se passe-t-il dans l’oreille quand elle est exposée à un bruit dangereux ?
Les cellules ciliées contenues dans l’oreille interne, chaînon essentiel dans notre perception du son, sont très fragiles. Une fois endommagées, elles ne se réparent pas et ne repoussent pas. L’exposition à des bruits trop forts a pour effet d’endommager ces cellules de plusieurs manières :
- Un excès de vibrations
Imaginez que les cellules ciliées sont comme un champ de blé. Un vent léger les fait doucement onduler, mais une tempête violente peut les plier ou même les casser. Un son très fort agit comme une tempête sur ces cellules fragiles.
- Une fatigue des cellules
Après une exposition à un bruit fort, il peut arriver que l’on ressente une gêne, des acouphènes ou une sensation d’oreille « cotonneuse ». C’est souvent le signe que les cellules ciliées ont été sursollicitées et ont besoin de récupérer.
- Une destruction irréversible
Si l’exposition au bruit est trop intense ou trop longue, certaines cellules peuvent disparaître. Comme elles ne repoussent pas, cela entraîne une perte auditive permanente sur les fréquences auxquelles elles correspondent.
Après une exposition à un bruit intense, si une sensation d’oreilles bouchées, cotonneuses, des sifflements ou des bourdonnements persistent plusieurs heures ou ne disparaissent pas après une nuit de sommeil, il est essentiel d’orienter vers un service d’urgences. Un traitement rapide peut limiter ou éviter des dommages irréversibles.
Souvent progressifs, les dégâts ne se remarquent pas immédiatement. Une perte auditive liée au bruit peut s’installer au fil du temps sans que l’on s’en rende compte. Au début, les signes de perte d’audition peuvent être d’éprouver des difficultés à comprendre des conversations dans un environnement bruyant, de « faire répéter » plus souvent ou de confondre des mots… jusqu’à réaliser que certaines fréquences sonores ne sont plus perçues du tout.
Surdité traumatique vs. surdité progressive
Le bruit peut causer des troubles auditifs immédiats, comme lors d’un traumatisme sonore soudain, ou dégrader progressivement l’audition, au fil d’expositions répétées sur une longue période :
La surdité traumatique survient immédiatement après une exposition à un bruit extrêmement fort (> 130 dB) comme une explosion, un tir d’arme à feu ou une détonation industrielle. Elle peut provoquer une perte auditive brutale, des acouphènes, et dans certains cas une rupture du tympan ou des lésions irréversibles des cellules ciliées. Elle est souvent irréversible, car les cellules ciliées et les structures de l’oreille interne peuvent être définitivement détruites.
En revanche, la surdité progressive s’installe lentement au fil des années, à la suite d’expositions répétées à des bruits modérément forts (ex. environnement industriel, musique forte au casque). Elle commence par une difficulté à percevoir certaines fréquences (souvent les aigus, comme les voix dans un environnement bruyant). Elle passe souvent inaperçue au début et lorsqu’elle atteint un seuil qui la rend détectable, elle est généralement irréversible.
Les seuils de danger : niveaux sonores et durées d’exposition critiques
L’intensité sonore se mesure en décibels (dB). Plus un son est fort, plus il est dangereux pour notre audition, et moins il faut de temps pour qu’il cause des dommages.
| Niveau sonore | Exemples | Temps d’exposition sans risque |
| 85 dB | Atelier bruyant, cantine | 8 heures |
| 90 dB | Tondeuse à gazon | 2 heures |
| 100 dB | Concert de rock, casque audio à volume maximal | 15 minutes |
| 110 dB | Marteau-piqueur, sirène d’ambulance | 1 minute |
| 120 dB | Coup de klaxon proche, feu d’artifice | Quelques secondes |
| 130 dB et plus | Déflagration, coup de tonnerre, avion au décollage à proximité | Danger immédiat |
Si le niveau est extrêmement élevé (supérieur à 130 dB), toute exposition, même très courte, peut provoquer des dommages irréversibles.
Facteurs déterminants : intensité du bruit, durée et fréquence d’exposition
- L’intensité sonore : plus elle est forte, plus le bruit peut être destructeur. L’échelle des décibels fonctionne de telle manière que l’intensité sonore double tous les 3 décibels. Un son de 88 décibels est donc 2 fois plus intense qu’un son de 85 dB. Le niveau sonore devient donc très vite très dangereux.
- La durée d’exposition : une exposition prolongée à un niveau sonore modérément élevé (ex. 85 dB pendant 8h) peut être tout aussi nocive qu’une exposition à un bruit très fort.
- La fréquence d’exposition : l’oreille a une capacité de récupération limitée. Si elle est régulièrement exposée au bruit sans repos suffisant, les dommages s’accumulent et deviennent irréversibles.
Les facteurs qui augmentent les risques de troubles auditifs
Tout le monde ne réagit pas de la même manière au bruit. Certains facteurs peuvent rendre l’oreille plus vulnérable aux agressions sonores et accélérer la dégradation de l’audition.
La fatigue
Une étude de l’Inserm a montré que la fatigue réduit la capacité de l’oreille interne à se défendre contre les agressions sonores. En situation de fatigue, l’exposition à un bruit normalement tolérable peut provoquer des dommages plus importants qu’en temps normal.
Le stress
En situation de stress, le taux de cortisol augmente, rendant l’organisme plus réactif aux stimuli extérieurs, y compris le bruit. L’hypervigilance auditive peut aussi amplifier la perception du bruit et augmenter le risque d’acouphènes ou d’hyperacousie.
Certains médicaments
Certains médicaments et substances sont dits « ototoxiques », c’est-à-dire qu’ils peuvent endommager l’oreille interne et aggraver les effets du bruit. C’est le cas de certains antibiotiques, anti-inflammatoires et traitements anticancéreux (chimiothérapie).
Le cumul de situations bruyantes
Le danger ne vient pas seulement du bruit au travail ou d’un concert de rock. C’est l’accumulation de toutes les expositions sonores qui compte.
Un salarié exposé à 85 dB pendant 8h puis qui écoute de la musique forte pendant les trajets ou enchaîne sur un concert le soir augmente considérablement son risque de perte auditive. Une journée bruyante nécessite du repos auditif. Il est important d’alterner des périodes d’exposition et des moments de calme pour laisser l’oreille récupérer.
Un capital auditif inégal
Pourquoi certaines personnes deviennent sourdes plus vite que d’autres ?
Nous avons tous un capital auditif différent, déterminé par la génétique et l’histoire de nos expositions au bruit.
- Certaines personnes sont naturellement plus sensibles au bruit.
- D’autres récupèrent plus ou moins bien après une exposition sonore.
- Certaines maladies ou antécédents familiaux peuvent accélérer la perte auditive.
D’une personne à l’autre, les conséquences du bruit sont plus ou moins importantes. Mieux vaut être à l’écoute de ses sensations auditives ! Si un bruit semble trop fort ou désagréable, il vaut mieux s’en protéger plutôt que d’attendre des signes visibles de perte auditive.
Le bruit est-il plus dangereux à certains moments de la journée ?
Des recherches menées par la Pr Barbara Canlon (Karolinska Institute, Suède) ont révélé que la sensibilité auditive varie selon les rythmes circadiens.
- Le jour : L’oreille est plus résistante aux bruits forts, car elle bénéficie d’un meilleur apport en énergie et en oxygène.
- La nuit : Les cellules ciliées sont plus vulnérables, et les bruits forts peuvent causer plus de dommages.
Focus sur les ateliers de prévention auditive d’Insufflo
Insufflo propose des ateliers en petits groupes qui permettront à vos salariés de prendre conscience de tous ces risques d’une manière suffisamment marquante pour favoriser l’adoption de réflexes de prévention et de protection à chaque fois que nécessaire, dans son environnement professionnel et dans toutes les autres situations du quotidien. Ces ateliers, animés de manière ludique et participative, familiarisent avec le fonctionnement de l’oreille, avec ce qui fait sa fragilité et ce qui peut causer des dommages irréversibles. Ils abordent les contextes de travail des participants, les protections auditives dont ils sont équipés, les zones qui présentent des risques importants, les situations et problématiques vécues au quotidien, qui sont abordées de manière très pratique pour lever, un à un, les freins et obstacles aux pratiques de prévention auditive.
Pour le découvrir : https://insufflo.fr/prevention-audition/